ART   Osez vous mettre à nu pour l’art et devenez le temps d’un shooting modèle vivant au côté de la photographe Vanda Spengler.

enchevetrement de corps nus

©vandaspengler

Il est un peu plus de 19h. La nuit a envahi le quartier. Les portes du BLOC sont fermées au public. Ce vaste bâtiment , occupé autrefois par la D.R.A.S.S.I.F abrite depuis le mois de décembre plus de 160 artistes. Sur place, ils créent des œuvres, organisent des projections, des expositions. Ce soir, la photographe Vanda Spengler investit les sous-sols pour son shooting. Un décor parfait pour cette jeune artiste autodidacte qui travaille avec des modèles amateurs.

Des corps nus enchevêtrés

Nul besoin d’artifice tout est là, dans ce lieu abandonné où s’accumulent des déchets et des centaines d’archives, où les néons poussiéreux peinent à éclairer ces salles immenses. Dans la cage d’escalier, l’eau croupie a même attiré des moustiques. Il ne reste plus qu’à placer les modèles.

Nous sommes une dizaine à vivre cette expérience : des hommes, des femmes, de tous les âges ; des blancs, des noirs, des asiatiques, des métisses, des biens en chair, à la peau lisse ou fripée. Qu’importe, nous ne serons qu’un amas de corps nus, enchevêtrés.
Avant de prendre la pause, il faut bien-sûr se dévêtir : enlever un à un ses vêtements face à des inconnus et poser ses pieds nus sur un sol glacé et crasseux.
Dans ce monde sombre et bétonné, la nudité n’a rien de naturel. Il faut pourtant bien passer le cap. « Pourrais-je connaître vos prénoms, avant d’enlever ma culotte ? » Mes partenaires de galère me sourient et déclinent un à un leur identité, tout en dévoilant une part de leur intimité.

Vivre ou mourir

Nus comme des vers, nous formons alors un cercle autour de la photographe afin d’entendre les consignes : « Vous êtes sur le point de mourir. Vous avez besoin des autres pour survivre, mais vous pourriez aussi bien les tuer si cela était nécessaire ». Une planche de bois abandonnée dans un recoin, nous servira de radeau . Un à un nous montons sur cette structure d’à peine un mètre carré, s’accrochant à un bras, à une épaule, à une main. L’équilibre est précaire. Il faut portant garder la pause. Les flashs de Vanda crépitent. Le silence devient alors total, les rires ont cessé. La crispation des muscles rend l’exercice de plus en plus douloureux. Je m’agrippe si fort à une main que je pourrais lui arracher la peau. Mon visage se tend, mon souffle devient court. Ces quelques minutes figées dans le temps ont suffi à extirper de mon corps ce sentiment étrange de bestialité : survivre quitte à écraser les autres.

L’envers du décor

La séance dure quelques minutes et la photographe décide de changer de décor. Nous errons nus vers le fond du parking où quelques branchages sont abandonnés. Des ronces sont taguées à même le mur. Vanda nous demande de nous mettre au sol, recroquevillés sur nous-mêmes. Dans cette position fœtale, nos corps se détendent. En quelques minutes, elle fait ses clichés et nous repartons vers une nouvelle salle, nos vêtements sous nos bras. Dans les escaliers, les rires fusent, l’ambiance est amicale. La séance se déroule à présent dans les archives où les dossiers éparpillés au sol rappellent le souvenir d’une vie administrative. Debout deux par deux, nous devons tendre nos bras au maximum pour cacher de la main le visage de notre partenaire : écraser l’autre, annihiler son existence.

Contraste artistique

La photographe tourne autour de ses modèles et reste, pour la plupart du temps, silencieuse. La séance durera encore une demi-heure dans une ambiance bon enfant. Opérant un véritable contraste entre ses photos et sa personnalité, Vanda Spenghler déborde d’humour et d’énergie. Elle est vive, joyeuse et donne une pleine liberté à ses modèles qu’elle plonge pourtant dans un univers sombre et macabre. Il ressort pourtant de ses photos une énergie étonnante : un sentiment d’apocalypse, de rage carnassière. Elle réussit à saisir dans le regard la sensation d’une lente agonie, d’une détresse animale. Le contraste est immense entre ce cauchemar révélé sur papier glacé et ce shooting ludique et joyeux. Étonnante aventure, où l’on participe à l’intérieur même du décor à la création d’une œuvre artistique.

©VandaSpengler

©VandaSpengler

Tentez l’expérience à Paris avec Vanda Spengler

Les artistes du BLOC ont dû quitter le squat à la mi-novembre 2013, suite à un avis d’expulsion.