SEXUALITE  Passez à la pratique avec les ateliers de découverte de la sexualité organisés à Paris par l’auteur Wendy Delorme et la performeuse Louise Deville. L’anatomie féminine n’aura plus de secret pour vous.

lèvres

Cet obscur objet du plaisir (©Mlle Liberté)

A l’étage d’une librairie parisienne, une vingtaine de femmes sont réunies pour cet atelier consacré à la sexualité féminine, intitulé : « Plaisir et connaissance de soi ». La veille, un mail, précisait qu’il fallait se munir d’un petit miroir. Je nous imaginais déjà à califourchon au-dessus de nos glaces scrutant notre vulve à l’instar des réunions féministes des années soixante-dix. C’était oublier que j’avais à faire à la nouvelle génération des « sexeperts » : Wendy Delorme et Louise de Ville .

 

La face cachée du Clitoris

 

Pour nous mettre en jambes, nous débutons la séance par un bref rappel historique de l’anatomie féminine. Domaine, qui semble-t-il n’a pas vraiment passionné les scientifiques, ces derniers préférant explorer la face cachée de la lune plutôt que notre vulve ;-) . Il faudra en effet attendre 1998 pour avoir une planche anatomique détaillée de notre clitoris grâce aux recherche menée par Hélène O’Connell.

Après avoir chacune dessiné l’image que nous avions de la vulve, nous passons au plan GPS et à la vision 3D de notre clitoris grâce à la souplesse de Louise qui utilise son corps pour nous mimer la chose : les mains posées au sol, les jambes en l’air, sa tête figurant le bouton du clitoris. Une fois décapuchonnée, cette tête de clitoris n’est en réalité que la face immergée de l’iceberg, ce dernier se prolongeant par de deux longues racines (matérialisées par les longues jambes de Louise) de chaque côté du vagin le long de l’os pubien.

 

le clitoris

Planche Anatomique du Clitoris
extraite du livre d’Odile Buisson et Pierre Foldès
Qui a peur du point G?

 

 

Le fameux Point G

Pour atteindre la fameuse zone du Point G, Wendy nous conseille d’introduire (une fois déjà excitée) deux doigts au 2/3 de l’entrée du vagin, derrière l’os du pubis et d’effectuer un mouvement de « Viens par ici ». Au toucher, cette zone parait moins lisse, voire spongieuse. « Vous pouvez ressentir comme une envie d’uriner, mais n’hésitez pas à passer ce cap » précise Wendy. Une fois ce lâcher-prise accepté, vous aurez en effet toutes les chances de jouir et même devenir (plus ou moins vite) une femme fontaine. Cet éjaculat féminin, inodore et incolore, plus ou moins abondant est produit par les glandes de Skene et s’évacue par l’urètre

C’est là que nous passons aux travaux pratiques. Louise se déshabille entièrement et nous propose de jeter un œil sur son méat urétral, un trou de quelques millimètres situé entre le clitoris et le vagin, d’où s’évacuent l’urine et parfois ce fameux éjaculat féminin. Nous nous approchons timidement et scrutons cet orifice. Qui d’entre nous durant l’enfance, n’a pas le souvenir d’avoir cherché ce fameux trou sans pour autant arriver à l’apercevoir ? Ce soir, notre curiosité est satisfaite, il est vraiment minuscule !

Une vie dans mon utérus

Nous continuons l’exploration interne. Cette fois, Wendy utilise une chaussette pour nous aider à visualiser la forme du vagin. Inséré à l’intérieur, on trouve plus ou moins bas, selon les périodes d’ovulation, le col de l’utérus (également nommé le museau de tanche !!!!). Plus il est « bas », plus la captation des spermatozoïdes est aisée. Cet utérus mobile a d’ailleurs inspiré de biens étranges traitements médicaux par le passé

Selon la jeune femme, notre col de l’utérus, vu du vagin, aurait l’apparence « d’un oreiller avec au centre un petit trou ». Et pour mieux visualiser cet organe, nul besoin de caméra puisqu’il suffit d’un speculum d’une lampe de poche et du fameux petit miroir. Les organisatrices ont tout prévu et passent à la démonstration pratique. Après quelques hésitations, nous serons quatre à tenter l’expérience.
Malgré un accouchement et une séance annuelle chez le gynécologue pendant une vingtaine d’années, il ne m’a jamais été donné l’occasion de me découvrir ainsi sous toutes les coutures. Seule je n’aurais sans doute jamais osé utiliser un speculum mais grâce aux conseils avisés de ces sexepertes, j’ai franchi le pas en toute confiance. Certes, un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour la connaissance de ma féminité.

 

 

Les prochains ateliers Sexualité

– Le BDSM ludique, le jeudi 7 novembre : jeux de rôles érotiques et bondage facile » avec Wendy Delorme et Louise De Ville
– La sexualité entre filles, fin décembre, avec pour invitée la performeuse Flozif (de la Playnight Paris)
– La sexualité pendant et après la grossesse, en février avec pour invitée la performeuse Sadie Lune

Ces ateliers se déroulent dans le 11e arrondissement de Paris et sont réservés exclusivement aux femmes. Les hommes devront attendre le printemps pour des séances soit mixtes, soit réservées aux personnes « s’identifiant comme hommes » précise l’annonce.
Tarif : 10 à 20 € selon les séances
Inscription : wendydelorme@gmail.com
Renseignement sur Facebook : https://www.facebook.com/wendy.delorme.16

 

De l’utérus à l’hystérie : les hommes en font une maladie !

 

En grec, utérus se dit Hystera. Hippocrate fut le premier à désigner d‘hystérie cette maladie exclusivement féminine dont les symptômes assez confus étaient déjà étudiés par les Egyptiens.  On considérait alors que l’utérus était mobile, se promenant dans tout le corps, écrasant et bousculant au passage nos organes, jusqu’à se coller à notre cerveau.

Pour soigner cet utérus migrant, il fallait rapidement se marier et faire un enfant. La sexualité féminine devant en effet se borner à la reproduction, tous autres comportements tels la masturbation, l’excès de désir, l’homosexualité, mais aussi la fatigue, l’anxiété, l’insomnie étaient considérés des maladies.

Sorcellerie et mutilation

Hérésie et sorcellerie firent d’ailleurs bon ménage entre le XIVe et XVe siècle, le pouvoir de ces femmes « maléfiques » émanant de leur sexualité. Si le XIX siècle met jour le mécanisme de la reproduction, le clitoris est quant à lui déclaré comme organe inutile, voir même responsable de l’hystérie. On décide alors pour les soigner de brûler leur clitoris au fer rouge ou de leur retirer leurs ovaires. Un autre traitement consiste à frotter vigoureusement la vulve afin d’atteindre le paroxysme de l’hystérie et de purger les troubles. Ce massage génital est communément pratiqué par les médecins de famille et les sages femmes au début du XXe siècle. L’invention du vibromasseur est alors considérée comme une avancée dans le traitement de l’hystérie. La dernière clitoridectomie sera réalisée en 1948 aux Etats-Unis sur une petite fille de 5 ans pour la “soigner“ de masturbation. De nos jours, 125 millions de femmes et de jeunes filles dans le monde auraient subi une mutilation sexuelle selon les derniers chiffres de l’UNICEF.

 

En ligne :

le documentaire, Clitoris ce cher inconnu

l’article: Le clitoris et le point G dans l’histoire de la médecine 

A lire :

Le petit guide de la sexualité épanouie, éd.Tabou, de Cathy Winks et Anne Semans, adapté et traduit par Wendy Delorme et Sandrine Bodet

Qui a peur du point G ?  d’ Odile Buisson et Pierre Foldès, éd. Jean-Claude Gasewitch